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Programme voyageur

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Si le voyage fait toujours écho au besoin d’ailleurs, de cheminement, d’humanité, de culture, de destination professionnelle, de vacances en solo (tendance lourde du moment) ou en tribu, il s’incarne, aujourd’hui, sous toutes formes de nomadisme. Parce que la planète rétrécit, que les influences exotiques fusionnent et que quitter la maison pour le bureau ressemble déjà à un voyage, les marques beauté ré-inventent cette nouvelle mobilité…
 

Exotiques ingrédients

  • Valeur sûre
De l’éthno-botanique à la sociologie, la Recherche s’inspire du lointain pour débusquer des ingrédients naturels toujours plus puissants et en alchimie avec le marketing contemporain. Elle plonge pêcher des perles, trésors des mers du sud contenant une protéine aux acides-aminés proches de ceux de l’épiderme. Elle cueille, parmi les milliers d’espèces à travers le monde, l’orchidée qui distille des propriétés hydratante et revitalisante. Elle identifie fruits, fleurs et arbres tropicaux tels banane, maracuja, papaye, hibiscus, kniphofia de Madagascar, baobab… pour ensoleiller nos vies citadines et ternes. Mais la Recherche honore aussi ses richesses locales faisant naître des marques « terroirs » exportables : à base de bière à Prague, de bouleau et fleur de sureau à Stockholm ou d’orge à Reykjavik.
 
  • Appelez-moi « super » !
Issus d’une tendance alimentaire venue des Etats-Unis, les super-aliments s’incorporent aux formules beauté. Outre leurs bénéfices nutrionnels cutanés, ils invitent également à l’évasion. Même si certains sont récoltés sous nos latitudes (spiruline, lin ou pollen), curcuma indien, baies de goji chinoises, moringa du Sri-Lanka, graines de chia germées au Mexique, baies d’açaï du Brésil ou maca péruvien vitaminent la monotonie et ravivent la biodiversité.
 
  • Originale origine
Et concernant l’origine, c’est sans doute l’usage du bestiaire asiatique (bave d’escargot, extrait d’étoile de mer, huile de cheval, nids d’hirondelles ou sperme de saumon), qui, pour nous européens, frappe la beauté de la plus grande excentricité. A noter, les oeufs de fourmis feraient merveille pour l'épilation, selon la tradition turque et les faux ongles, au Mexique, se rehaussent de bébés scorpions. En effet, non contente de gagner nos assiettes, la mode entomologique se rappelle à la cosmétique. Comme avec le venin de serpent ou de méduse, elle prouve l’engouement pour les expériences extrêmes et la fascination pour la bizarrerie.
 
  • Eco-conscience
Mais la naturalité pittoresque n’est pas magnifiée qu’à travers les ingrédients. Elle l’est aussi à travers l’engagement écologique de certaines marques qui luttent contre le biopiratage, préservent les océans, le patrimoine végétal et la biodiversité… afin que des générations d’explorateurs puissent continuer à apprécier le paysage.
 

Des formats nomades

  • Packs compacts
Depuis plus de dix ans, il est interdit de prendre l’avion en cabine avec un produit cosmétique de contenance supérieure à 100 ml. Cette restriction sécuritaire couplée à la réorganisation des temps de travail et donc de loisir, allège nos sacs. En effet, pléthore de marques et de distributeurs ont développé des trousses qui, au-delà de transporter des produits nomades, permettent de découvrir des soins en toute légèreté. Certains points de vente, physiques et en ligne, proposent même des kits voyage à assembler soi-même. Une sélection à faire sur-mesure, sur le modèle des boxes ou dans l’esprit de collection. Les parfumeries proposent des accessoires miniatures, l’hygiène en formats de poche, soins en 50 ml ou monodoses présentés dans des meubles dédiés au niveau des caisses. Les pharmaciens plébiscitent aussi les mini-produits qui favorisent l’achat d’impulsion, en particulier de fin avril à août. Bien que plus cher (à cause du coût incompressible des emballages), cet achat complémentaire ne cannibaliserait pas les formats classiques.
 
  • Les multifonctionnels
Afin de gagner de la place, les bénéfices s’additionnent en un seul produit : pour remplacer la palette complète, le crayon de maquillage tout en un, pour des vacances élégantes, un dissolvant mousse 2-en-1 mains et pieds, pour accoster dans les villes les plus polluées, un fond de teint présentant un facteur de protection aux poussières.
 
  • Gestuelles transportables
La technologie cushion cream (venue d’Asie) s’adapte à différentes galéniques (telles dissolvant ou fragrance en texture gel) pour faciliter l’application, réduire les risques de fuite dans le sac ou de confiscation aux contrôles aériens. Les parfums se présentent également en roll-on ou en stick pour sécuriser les retouches en journée. Dans le même esprit pratique, sticks solaires et shampooings secs seront bienvenus. Par ailleurs, le démaquillage des globe-trotteuses s’est considérablement simplifié. D’une part, le stick démaquillant, inspiré du rituel coréen, sous forme d’huile gélifiée en bâton à appliquer sur peau humide, réunit un geste nettoyant et, devenant baume, un soin. Ils peuvent se compléter d’un savon en stick ou poudre qui mousse au contact de la peau humide. A découvrir chez des marques japonaises, coréennes ou américaines aux enzymes exfoliants, miel, hyaluronate de sodium, pétales de rose fermentées, au thé ou au charbon. D’autre part, les gants démaquillants, en microfibre de bambou imprégnés d’huiles végétales et d’actifs hydratants ou recouverts de microcapsules, sont la solution pratique, économique et écologique par excellence. Plus doux et moins irritants, ils se lavent en machine jusque 300 fois. Simplement humidifiés à l’eau, ils retirent fards, fonds de teint et mascaras longue tenue mais aussi masques et gommages en un tour de main. Adieu lait, eau micellaire, un gant remplacerait 600 lingettes ! Solaires, déodorantes ou anti-moustiques, ces dernières ont connu un essor remarquable dans les années 2000 mais se confrontent aujourd’hui à une préoccupation écologique… Pour ce qui est du nettoyage, l’électrobeauté aussi se miniaturise avec des brosses visage électriques tenant au creux de la main.
 
  • Objectif lune
En 1978, alors que des cosmétiques nécessaires à un voyage dans l’espace existaient déjà (shampooing sec et dentifrice à avaler), les ingénieurs de la NASA ont proposé aux premières femmes astronautes, l’emblème de la féminité : une trousse de maquillage garnie (mascara, rouge-à-lèvres, eye-liner). Tous ces objets devaient être soigneusement testés en l’absence de gravité et fixés par des velcros afin d’éviter de dangereuses trajectoires. Finalement les femmes ont eu le droit d’emmener leur propres produits sous réserve qu’ils soient conformes aux strictes exigences : pas de poudre, rien d’inflammable… Aujourd’hui, ces navigatrices de l’infini font même des tutos (type « comment se couper les ongles près des bouches d’aération ») pour se conseiller les unes les autres au fil des missions spatiales ! 


Voyages immobiles

  • L’expérience plus que la possession
Sans quitter Paris, il est possible de ressentir les bienfaits d’une escapade au Maroc (rhassoul purifiant et zelliges), en Inde (massage ayurvédique et postures de yoga) ou au Brésil avec la reconstitution d’une boutique originelle de Rio. Mais la destination ne se matérialise pas toujours d’attributs géographiques, l’objectif étant parfois juste celui d’une rencontre avec la marque beauté : créer un univers identitaire fort et en faire un but de promenade, de découverte, de souvenirs, comme peut l’être un lieu de vacances. Pour preuve maisons, appartements ou autre concept-stores de beauté s’ouvrent, de plus en plus théâtraux : vieille officine du XIXème qui propose un voyage dans le temps, boutiques d’une même marque dont la décoration varie au gré de la ville afin d’en favoriser la visite, écrins d’évènements spéciaux organisés autour d’un thème beauté comme le ferait une agence de voyages. D’ailleurs, une agence spécialisée fait découvrir aux étrangères la beauté à la française : dans les secrets de boudoir des « french beautystas », des grands magasins à la rose de Grasse. De fait, le parfum contribue aux souvenirs olfactifs d’un lieu. Avec des noms plus ou moins évocateurs d’une région, des collections entières revisitent l’art de voyager du bout du nez.
 
  • Réalité virtuelle
Pas encore capable d’offrir les dimensions olfactives et de toucher, Internet, pour l’heure, flatte l’image. C’est LA révolution touristique ! Et la bonne vieille photo souvenir de vacances se mue en selfie, nouveaux gages de notoriété. Ainsi Instagram dicte ses lois esthétiques : choix d’une ville photogénique, d’un paysage valorisant le sujet, d’une exposition conçue pour réussir ses prises de vue. Voyager n’est plus prendre un plaisir personnel dans la découverte mais éblouir ses followers du lieu où l’on s’exhibe.
 
  • Expédition internet
Il est loin le temps où telle une aventurière du shopping, nous ramenions du bout du monde aux copines la pépite beauté inconnue qu’elles avaient patiemment attendue. Aujourd’hui, internet dilue les frontières permettant de faire appel à une communauté multi-éthnique sur les médias sociaux et d’acquérir (presque) n’importe quelle marque internationale. Et ce moyen de diffusion facilite aussi grandement l’essor de marques françaises à l’étranger. Pour exemple, la Chine, très friande d’e-commerce bénéficie de « cross-borders » : des plateformes transfrontalières qui permettent au grand public dont les moyens augmentent et aimant la nouveauté, d’acheter des produits importés originaux, sans avoir à payer d’importantes taxes.
 

Influences croisées

On ne peut que constater cette facilité grandissante à voyager, physiquement ou virtuellement, qui favorise l’accès aux us, rituels et connaissances territoriales, diffusant des tendances beauté et scientifiques d’une région à l’autre, de plus en plus vite. Ainsi le métissage croissant des populations tend à unifier leurs besoins cutanés et donc leur consommation. En outre, les codes esthétiques locaux passent inexorablement au filtre des goûts contemporains mondialisés. Pour exemple, le terme « blanchissant », limité à la couleur de peau, devient trop restrictif. Il doit devenir plus global pour prôner une carnation harmonieuse, un teint transparent et radieux, au rendu naturel et s’exporter plus aisément de l’Asie vers l’Occident (même jusqu’à l’Amérique latine) puisque la problématique de dyschromie se répand à la planète. Et inversement, en Asie, l’apparition de pigments dans certains soins signe la volonté d’afficher un teint hâlé illustrant son statut social élevé : « je pratique le golf donc je suis ». Et pour mieux les comprendre et s’intégrer, des groupes espagnols, français, néerlandais ou américains, rachètent ou investissent dans nombre de marques brésiliennes et massivement coréennes…
 

Penser local, développer global

Au cœur des influences mondiales, l’Asie demeure indéniablement le centre d’attention en matière d’innovations. Les CC crèmes se sont européanisées. La routine beauté des françaises de 5 à 10 minutes il y a 20 ans, s’allonge un peu alors qu’une marque de Séoul ne propose pas, en France, la douzaine de produits utilisée par ses clientes coréennes chaque matin, raccourcissant le rituel traditionnel. Et pourtant, les soins coréens satisfont autant les nord-américains, qui aiment les résultats immédiats, que les allemands friands de naturalité, d’efficacité et de bon rapport qualité-prix. Alors qu’en parallèle, on assiste récemment au Japon, en Corée du sud et en Chine, à une augmentation des soins visage « anti-stress », allégation d’ordinaire plus occidentale. Très sensibles aux caractéristiques européennes comme le nude et le teint éclatant de santé, ces populations vont jusqu’à chercher à obtenir des yeux débridés et un visage en V.

Mais le magnétisme réciproque entre pays ne se cantonne pas aux galéniques... En effet, on observe en Chine (à l’ouest de Shanghai), la création d’une nouvelle destination d’expertise cosmétique, Beautéville. Fans du mode de vie français, les Chinois de Beautéville s’inspirent notamment de Grasse, alliant soleil et artisanat de Provence. En plus des professionnels (entreprises locales et étrangères y sont invitées), ces 1500 hectares comptent bien séduire le grand public avec un complexe hôtelier, un musée, un centre commercial, des jardins botaniques... Loin des pagodes et de la grande muraille, le pays le plus peuplé au monde innove dans le tourisme « industriel » du futur !
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