Tendances /

La quête du bonheur

la-vie-en-rose.jpg
Si 50% de ce qui constitue notre bonheur est déterminé par la génétique et 10% par l’environnement, il est scientifiquement démontré que nous avons prise sur les 40% restants. Puisque nous avons la main sur ce qui nous rend heureux, sourions, colorons le quotidien et prenons soin de nous ! Et pour cultiver notre bonheur, la cosmétique (dont c’est sans doute la principale raison d’être) offre diverses ressources…
 

Etat d’esprit positif

Nombre de marques jouent sur l’état d’esprit positif créé chez ses consommateurs en valorisant les sentiments nobles qui animent l’usage et la conception même de leurs produits (limiter l’impact environne-mental, social…). Certaines vont jusqu’à co-créer avec leurs propres clientes, dans une démarche plus saine et humaine, pour valoriser une consommation « joyeuse et décomplexée de la beauté ». Pétris de bonnes intentions, les cosmétiques n’en sont que meilleurs.
Pour alléger aussi nos consciences, inspiré par les neurosciences, le soin anti-âge a tendance à se libérer de l’obsession des rides. Il privilégie l’épanouissement d’émotions positives sur le visage comme la joie, signe de l’énergie et de l’attractivité de la jeunesse. Certains fournisseurs de matières premières quantifient même le bonheur avec des panelistes x % plus heureux ! Et parce que la vie serait « moins grave » sans l’attraction terrestre et la pression du temps, les peaux matures déjouent la gravité et s’en trouvent « comblées » ! Ainsi la publicité de ce soin liftant affiche des mannequins aériennes, désinvoltes qui planent au-dessus des nuages, dans un ciel bleu.
Il s’agit là d’une approche résolument dif¬férente de celle des années 90-2000 où régnait la neurocosmétique, avec des actifs qui visaient à reproduire sur le système nerveux cutané des effets positifs tels la stimulation de la synthèse des b-endorphines, la réduction de la sensibilité des récepteurs à la douleur, la diminution de la synthèse de substance P, … Ambitionnant de rééquilibrer le fonctionnement médiateur-récepteur et de restaurer l’homéostasie, la neurocosmétique contrait, notamment, l’inflammation. Ainsi des soins euphorisants aux extraits de fèves de cacao (et des massages au chocolat) ou à l’eau marine aromatique d’ajonc stimulaient la production par les kératinocytes de β-endorphines, véritables molécules du bonheur, source de bien-être et d’hydratation. Aujourd’hui encore subsiste la « happy » cosmétologie qui revendique des cocktails de plantes contenant des phyto-endorphines ou activant la synthèse endogène de ces « morphines naturelles ».


Plaisir des sens

Comme il faut minimum 28 jours pour évaluer les effets d’un soin et que, sauf cas extrême, l’état cutané initial s’oublie, l’effet notable, et ce, à chaque utilisation, est, avant tout, son bénéfice sensoriel, source de délectation instantanée. En effet, toucher et être touché permet, notamment, de secréter l’ocytocine, une hormone apaisante et anti-stress, qui renforce l’empathie, le lien humain, l’affection et rend la vie plus douce.
C’est pourquoi les formulateurs travaillent à des plaisirs de légèreté (grosses gouttes inégales en suspension, poudres, gels, eaux gélifiées et mousses façon « oeufs en neige »), d’hybridation voire d’illusions pour égayer nos habitudes de galéniques ludiques.
Effets de surprise, textures métamorphoses et gestuelles inédites importent au moins autant que les actifs sélectionnés pour embellir la peau ou a minima, alimenter le buzz. Par exemple, une crème démaquillante qui se transforme en eau au massage, des sérums spectaculaires qui font bourgeonner dans leurs flacons transparents, des perles aux couleurs rose, jaune, bleu déjouant la fadeur du quotidien.
Les packagings aussi nous déconcertent quand un rouge-à-lèvres se fond dans un godet de fard à paupières, un liner pour les yeux plonge dans un encrier, un rouge-à-lèvres ou un parfum en poudre s’étale au pinceau comme un blush, un stylo blanchisseur des dents ressemble à s’y méprendre à un anti-cernes ou un masque en poudre joue les soupes minute à reconstituer instantanément avec de l’eau ! Même des baumes à lèvres s’associent à une vraie marque de crayons d’enfant pour régresser en couleurs.
Plus proches de gadgets girly que de « vrais » cosmétiques, des produits coréens décalés mais néanmoins efficaces et de très bonne facture (d’ailleurs, certains grands groupes internationaux ont investi dans ces marques « funky ») prêtent à sourire. Ainsi présenté dans un oeuf, un baume chauffant ouvre les pores, absorbe l’excès de sébum et élimine les cellules mortes ou une mousse hydratante aux extraits de jaune d’oeufs se transforme en huile. Et certains packagings enfantins plaisantent, en forme de fruits multicolores ou d’animaux, de boîtes de biscuits ou de poches de perfusion. Sans parler des créatures féériques ou mythiques, des trolls (qui donnent leur forme à des bouteilles de shampooings surmontées de « vrais » cheveux) ou des licornes (inspirant des colorations capillaires arc-en-ciel) qui ré-enchantent la morosité ambiante des adultes.
C’est d’ailleurs grâce aux emballages en série limitée que des marques iconiques peuvent se renouveler : une fleur kawaï qui sourit sur un fameux démaquillant huileux, un motif pop-art ou un personnage de dessin animé sur un parfum. Les collaborations avec un artiste, une bloggeuse, une marque de mode ou une autre marque cosmétique permettent d’apporter, un regain de séduction, d’auto-dérision, de fun : teinte inédite, coffret spécial, célébration d’un anniversaire ou collection capsule ! Une marque s’amuse même à faire choisir à ses internautes le design de son flacon de gel douche pour correspondre à leur silhouette. N’oublions pas que sourire a un impact positif sur toutes les cellules du corps !
 

La vie en rose

Que ce soit pour la couleur ou les ingrédients, le rose et la rose s’imposent. Rose poupée, poudré ou praliné, cette couleur dérivée du rouge martien, portée jusqu’au XVIIIe siècle par les hommes, rassure, féminise et rajeunit un pack… Et il semble qu’une color run monochrome ait traversé les rayons des parfumeries ! Pourtant ce n’est pas parce qu’un parfum se laque de rose qu’il la sent. D’autant que l’odeur de la mythique rose est tellement complexe (suavement florale, fraîche herbacée, miellée voire un peu foin) qu’on ne l’identifie pas forcément…
Et tout est bon pour faire monter le rose aux joues, d’une gelée teintante où l’éosine réagit au pH de la peau pour un résultat rosé nuancé au maquillage qui s’en inspire depuis toujours pour l’éclat rafraîchissant du teint ou l’effet bouche mordue, allant, à présent, jusqu’à barrer le regard d’un rose fluo. Ainsi des emballages à la coloration capillaire, la cosmétique se décline en 50 nuances de rose…
On observe même une gamme de soin incorporant une micro-algue extrêmophile de Camargue, qui, à pleine maturité colore l’eau environnante en rose, dévoilant ses vertus notamment anti-oxydantes.
Ce sont ses caroténoïdes protecteurs qui transforment les salins en une incroyable étendue rose orangée intense. Et ce pantone est repris sur tous les emballages dont la crème « Bonheur du jour ». Plus explicitement, la rose, employée en beauté depuis l’antiquité, emblème de féminité, de délicatesse et du vieillissement harmonieux, est aujourd’hui mise sur un piédestal dans les formules. Sous forme d’actif anti-âge avec la Rose de Bulgarie, de précieuse eau de Rosa centifolia, d’extrait de baie de rose (fruit mûr séché de Rosa multiflora aussi appelée baby rose ou rose japonaise), huile ou huile essentielle de rose de Damas, elle parfume, hydrate, nourrit, apaise, équilibre ou encore affine le grain de peau. Et cette évocation florale se retrouve dans le nom des produits, les visuels des marques jusqu’à la présence de véritables pétales de rose en infusion, visibles dans le flacon.
 

Hygge ou la philosophie du bonheur

Directement inspiré du style de vie danois, le hygge (prononcé « hoo-guh ») consiste à apprécier l’intimité, le réconfort, les petits plaisirs simples de la vie, dans une ambiance cosy. Recherchant également la sérénité d’un cadre chaleureux, des salons de coiffure s’ouvrent en appartements. Des instituts se décorent comme à la maison, de canapés profonds, cheminée et parquet, de plantes vertes et objets chinés pour installer convivialité et non conformité. Ainsi certaines marques beauté s’étendent au lifestyle avec des bougies parfumées pour prolonger le bienfait relaxant de leur soin car au Danemark, on brûle six kilos de bougie par an et par habitant ! Alors que d’autres marques, venues du nord de l’Europe, sont conçues dans l’esprit hygge : formules simples, ingré¬dients purs et frais (eau des glaciers, feuille de bouleau des forêts suédoises), senteurs brutes (rosier sauvage, algues, marjolaine, sauge…), emballages sobres (bouteilles en verre brun) et respect du développement durable (énergie solaire, transcyclage)..
D’autres encore reprennent ces codes cocooning et nature en mettant en avant la tisane… Un bol fumant d’infusion de feuilles de verveine et thé dans une publicité de shampooing pour détoxifier le cuir chevelu, faire éclater les cheveux de santé. Plus généralement le concept de cosmétique infusée renforce cette idée de choisir avec attention des plantes précieuses, presque médicinales et de s’accorder le temps d’en extraire les molécules actives dans la douceur et le respect de recettes ancestrales, pour obtenir des soins préservant les qualités uniques des fleurs, feuilles, écorces ou graines.
C’est l’art de se créer de petits rituels de soin et s’accorder du temps pour soi afin de mieux affronter la dureté du monde extérieur. Qu’il est doux de se réserver des moments hygge pour assurer le bonheur tant du corps que de l’âme !
Et puisque tous les moyens sont mis en oeuvre pour que la cosmétologie demeure ressource officielle d’allégresse, les Chief Happiness Officer, ces nouveaux responsables du bonheur en entreprise, devraient la promouvoir systématiquement ! Pour que séances de spa, cours collectifs de maquillage ou astuces de soin déjouent les montées de stress et assurent aux salariés sourire et bonheur à fleur de peau !
 

Pour l’amour de l’humour

Bien que segmentant (selon la culture, le pays, le contexte) et délicat à manier, l’humour reste un atout de communication en vogue. Il permet de développer une complicité avec le consommateur, un capital sympathie et une notoriété sur les réseaux sociaux.
Certaines marques mâtinent de second degré le nom de leurs produit, avec plus ou moins de bon goût : un masque visage qualifié de « Catastrophe cosmétique » ou intitulé « Que s’est-il passé la nuit dernière ? », un dentifrice en poudre « Plaisir oral », un feutre manucure « Strip-tease »… Jusqu’à formuler un masque équilibrant visage à l’ail frais et ce n’est pas une blague !
Alors quand une horde de jeunes mariées course un pauvre homme que son parfum aurait rendu « idéal », on se dit que même le luxe assume son sens de l’humour !

A lire aussi
Actifs //

Y'a de la joie

« Bonjour bonjour les hirondelles, y a d’la joie ! Dans le ciel par-dessus le toit, y a d’la joie ! Et du soleil dans les ruelles, y a d’la joie ! Partout y a d’la joie !!! ». Miser sur les bons produits, les bons actifs peut être la clé d’un bien-être extérieur qui se ressent à l’intérieur.

Dossiers thématiques //

Le bonheur

Le bonheur existe-t-il ? La période actuelle, avec sa situation géopolitique complexe, ses dérèglements climatiques, et le stress du quotidien pour beaucoup d’entre nous, pourrait nous en faire douter... Et pourtant, la recherche du bonheur reste bien une de nos priorités, si ce n’est, LA priorité absolue !

Conso //

Du bonheur ? Avec plaisir !

Si la philosophie du bonheur cristallise les questions éthiques et morales, le bonheur fait aujourd’hui office de meilleure mesure de progrès social et se place en objectif n°1 des politiques publiques.