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Histoire d'eau

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L’eau est un élément clé de la vie sur Terre, et les enjeux démographiques, naturels et éthiques autour de cette ressource première ne cessent d’alimenter les débats internationaux. Source de toute vie, animale et végétale, l’eau est menacée de disparition, et l’urgence de développer de nouveaux comportements est réelle. Entre enjeux sanitaires et tendance de consommation, start-ups, designers et firmes internationales challengent notre rapport à l’eau.
 

Les états de l’eau

La croissance démographique, l’urbanisation sans limite, le réchauffement climatique et l’avènement des sociétés de consommation de masse dans les pays émergents stimulent considérablement la demande en eau et créent de nouvelles tensions autour d’une ressource déjà surexploitée.
Pour les Nations Unies, la population mondiale pourrait, d’ici 2050, s’accroître de deux milliards d’individus et compter neuf milliards d’habitants sur Terre. Aujourd’hui, plus de 780 millions de personnes font d’ores et déjà face à la pénurie d’eau et l’on estime que d’ici 2025, 1,8 milliard d’individus vivront en état de « stress hydrique » (1). Et les inégalités risquent de se creuser puisque les besoins vont souvent s’amplifier dans les zones où les ressources sont déjà faibles (Moyen- Orient, zones arides de l’Afrique, etc.). Alors, pour répondre à cette demande accrue, il faudra trouver 4500 km3 d’eau douce supplémentaires par an.
 

Transformer notre consommation

A commencer par l’eau en bouteille, dont l’usage se voit remis en cause : une étude d’Euromonitor International démontre que chaque minute dans le monde, ce ne sont pas moins d’un million de bouteilles plastiques qui sont vendues. Un chiffre qui devrait croître de 20% d’ici la fin de la décennie. Une consommation de plastique d’autant plus alarmante qu’une part très minime de ces bouteilles finit par être recyclée : moins de 7% des bouteilles en plastique achetées en 2016 ont été collectées et transformées en de nouvelles bouteilles. Si les associations écologiques ne cessent de rappeler les bienfaits de l’eau du robinet (plus saine, plus écolo, moins chère), et que de nouvelles initiatives commencent à émerger (notamment les bouteilles recyclables comme Box Water ou Tapped), la bataille n’est pas encore gagnée.
Dans cette optique, quelles seraient les alternatives de la consommation d’eau demain ?
 

Les élites de la technologie pour sauver l’eau ?

Bien commun de l’humanité, l’eau fait désormais partie des questions éthiques des élites. Au travers d’initiatives multiples, nombre de start-ups rivalisent d’ingéniosité pour proposer des innovations bénéfiques. A l’instar de Microsoft, qui investit 50 millions de dollars pour la planète avec son projet AI for Earth, afin de démocratiser l’usage de l’intelligence artificielle pour que les individus et organisations améliorent leur consommation. Parmi les projets financés par le géant américain, le Water Research Project, qui utilise des drones pour identifier les déchets dans les cours d’eau de Californie et offrir des solutions de nettoyage, ou Wetdata, qui vise à populariser l’accès des données sur l’eau pour accélérer les analyses prédictives et les innovations bienfaisantes. L’intelligence artificielle serait-elle alors le futur de la préservation des ressources ? A en croire le prix XPRIZE Water Abundance, il s’agit en effet d’un levier à explorer. La fondation challenge des compagnies du monde entier de révolutionner l’accès à l’eau douce pour décentraliser les sources, avec à la clé, un prix de 1,75 million de dollars. En parallèle, nombre de start-ups se penchent sur des projets pour renouveler les ressources hydriques. Par exemple, Zero Mass Water imagine SOURCE, des panneaux faits de nanomatériaux similaires d’apparence à des panneaux solaires, qui utilisent l’énergie solaire pour faire fonctionner un système biomimétique à la rosée, qui condense l’humidité de l’air permettant de produire en une journée 4 à 10 litres d’eau. Alors que H2O Accelerator se fait l’incubateur de 13 start-ups qui innovent pour imaginer notre rapport à l’eau demain. Pour aller plus loin, la start-up londonienne Ooho ! imagine une membrane à base d’algues comestibles capable d’encapsuler n’importe quel liquide, pour remplacer, à terme, l’eau en bouteille.
Entre innovation technologique et design bienveillant, la start-up redéfinit les codes de la consommation.
 

Quand l’eau inspire le design

Entre élans éthiques et innovations spectaculaires, l’eau se fait muse des designers contemporains. En 2010 déjà, le designer star Philippe Stark rejoignait la campagne Porteurs d’Eau de la Fondation Danielle Mitterrand, oeuvrant pour que l’accès à l’eau devienne un droit universel. Stark imaginait la Feuille d’eau, une gourde plate et transparente portant l’inscription « Bien commun de l’Humanité, l’eau n’a pas de prix ». Devenue objet culte, la Feuille d’eau s’érige en symbole design de l’engagement des artistes. En design comme en mode, l’eau ne cesse de se réinventer et de faire passer un message. L’industrie de la mode est d’ailleurs continuellement remise en question au travers des quantités d’eau nécessaires à la production de matières premières, comme le coton. Les chiffres sont gigantesques : plus de 2700 litres d’eau sont nécessaires à la fabrication d’un seul t-shirt en coton(2) ! Certaines marques commencent alors à s’engager pour réduire leur impact écologique : Levi’s lance Water TM et s’engage à utiliser moins d’eau dans la fabrication de ses jeans. En outre, les fibres moins gourmandes en eau comme le bambou, le modal et le Tencel® sont de plus en plus plébiscitées. Aussi, la créatrice Iris Van Herpen, pour sa collection Aeriform SS18, revoit les contrastes entre l’eau et l’air et pousse son public à s’inte rroger sur les enjeux capitaux des ressources au travers d’une démarche éthique mais aussi hautement designée grâce à l’intervention du groupe danois Between Music, qui performe encagé et immergé.
Entre réalités éthiques et design submergé, les potentialités de l’eau fascinent les designers. D’ailleurs, les voyages et loisirs haut de gamme dépassent les frontières terrestres : après le restaurant Ithaa aux Maldives, la Norvège accueillera en 2018, Under, le premier restaurant sous-marin d’Europe. A 5 mètres sous la mer, le restaurant fonctionnera également comme un centre de recherche pour la vie marine. Dans cette même veine, la Floride annonce la création d’un musée entièrement submergé à horizon 2018 : le UMA (Underwater Museum of Art). Entre recherche d’exclusivité , de sensations fortes et de naturalité, les élites pourront redéfinir les espaces sous-marins.
A l’heure de réalités effrayantes et de prises de conscience globalisées, notre rapport à l’eau se voit challengé et pose de véritables questions éthiques, tout en fascinant les individus en quête d’expériences exclusives.
 
(1) BRGM
(2) Worldwildlife
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