Tendances /

Aqua simplex ou eau bénite ?

aqua-simplex-ou-eau-benite-couv.jpg
Jaillissant des envies de naturalité, détox et bien être, l’eau végétale, minérale ou des spas prend soin de l’âme autant que du corps. Et perfusée de sophistication galénique, elle s’enrichit de mille vertus beauté. Mais la beauté de nos consciences, elle, exige, néanmoins, de préserver cette précieuse ressource de vie. Aujourd’hui, passant de solvant ordinaire à véritable matière de luxe de l’industrie cosmétique, l’eau change d’état !
 

La folie (d’eau) douce

Le marché de l’eau à boire est en mutation : préparer soi-même, purifier, acheter en gros ou consommer dans un bar à eaux,… De la gourde connectée qui évite la sur-consommation de bouteilles et gobelets en plastique, et réduit l’emprunte carbone de l’eau de source, à la déferlante d’eaux aromatisées, infusées de fruits, légumes, graines ou herbes aromatiques, plus ou moins exotiques, pour rendre l’eau moins « plate » et détoxiquer le mode de vie urbain… Plus un spa ou un hôtel sans tisanerie, fontaine ou douche sensorielle. Ces capsules d’huiles essentielles qui s’insèrent dans un système placé entre le mitigeur et le flexible de la douche, libèrent par micro-nébulisation, en même temps qu’un soin aromathérapique relaxant ou tonifiant, une expérience de plaisir et de bien-être. Très en vogue également, les bienfaits santé de l’eau alcaline (eau kangen, eau noire infusée de minéraux fulviques, eau des Appalaches) visant à rééquilibrer nos organismes pollués et acidifiés. Ainsi l’eau enrichie en hydrogène de certaines marques cosmétiques améliorerait le niveau d’énergie, la régénération cellulaire et serait anti-âge en protégeant la peau des radicaux libres.
Partant du principe rassurant que ce que l’on ingère est assez sûr pour être déposé sur la peau, les cosmétiques s’enrichissent donc d’eaux à boire. Jusqu’à jouer de la confusion en présentant des cosmétiques dans des bouteilles d’eau. Et inversement, des eaux de boisson se dotent d’aloe vera, collagène, acide hyaluronique ou autres ingrédients beauté…
 

Eaux de là…

Fondées sur leur concept, leurs spécificités physico-chimiques ou leur origine géographique, les sources d’eau de beauté se sont démultipliées…
L’eau peut se présenter comme naturelle ou modifiée par certains traitements tel ce complexe d’eau magnétique, qui « attire, capture et retient les molécules d’eau pour une hydratation intense et durable de l’épiderme ». Elle peut aussi sourdre de pratiques ancestrales : l’eau de rinçage du riz est remise au goût du jour par des internautes adeptes du DIY en quête des cheveux brillants et de la peau laiteuse des japonaises ! En lotion ou en masque, sa richesse en vitamines (dont l’inositol ou vitamine B7), anti-oxydants, minéraux, fer, potassium, zinc et magnésium, offre des bénéfices régénérant, hydratant, astringent, adoucissant à la peau, fortifiant au cuir chevelu et lissant aux cheveux.
Egalement issue de l’alimentaire, l’eau de pastèque (watermelon en anglais), aux dires des spécialistes tendances, serait la nouvelle eau de coco ! Alors que l’eau de banane apporte une source de vitamine C, potassium et magnésium au soin et au capillaire pour nourrir, protéger et adoucir. Et l’eau puisée d’un cactus mexicain, le figuier de Barbarie, rafraîchit d’exotisme un spray corps après le sport. Bien connues, les eaux florales (obtenues par hydro-distillation de rose, bleuet, hamamélis, immortelle,…) très employées dans la cosmétique bio où elles remplacent l’eau de ville comme solvant, tout en apportant une activité (astringente, hydratante, revitalisante, apaisante,…) qui valorise la formule. Mais tant que tous les végétaux n’auront pas été exploités, des nouveautés pourront surgir. Ainsi, suite à des études sur la consommation de romarin par des centenaires italiens, une marque incorpore son eau dans des soins pour séniors. L’occasion, non seulement de protéger, conditionner et parfumer peau et cheveux mais aussi de booster la mémoire !
Une autre valeur charriée par l’eau est la pureté. Cette quête pousse à identifier des eaux venues des coins les plus reculés de la planète, donnant l’image de perfection et d’innocuité absolues. Telle l’eau des glaciers, prélevée dans des icebergs (vestiges des temps où la pollution n’existait pas et où pluie et neige, filtrées par les montagnes, donnaient une glace parfaitement pure), permettant de s’appliquer un bout d’Arctique sur le visage. Sa composition la rend idéale pour l’oxygénation de la peau. Isotonique, elle respecte l’intégrité des cellules de l’épiderme. Par exemple, l’eau glaciale d’Islande (un des environnements les plus purs de la planète), filtrée par les roches volcaniques poreuses est le fondement d’une marque, revendiquant de soulager les peaux sèches sujettes aux démangeaisons. De même, l’eau des lagons, au cours d’un processus millénaire au travers les roches volcaniques des atolls de Polynésie, s’imprègne de minéraux essentiels qu’elle diffuse dans la peau. D’autres marques encore puisent leur eau dans l’Himalaya ou dans des sources au Japon. Hypotonique, elle est ultra-pure ce qui lui permet de mieux pénétrer la barrière cutanée pour une meilleure hydratation. A l’inverse, en France, les Eaux-Mères, résiduelles des derniers bassins d’évaporation de salines, après la récolte du sel, concentrent sels minéraux et oligo-éléments (magnésium, calcium, phosphore, sodium et potassium présents sous forme d’ions actifs) 8 à 10 fois plus que l’eau de mer. « Ces « eaux vivantes », dosées en parfaite affinité avec la peau, favorisent une reminéralisation des cellules de l’épiderme et une meilleure assimilation des actifs, grâce au « principe osmoactif isotonique ». »
 

L’eau dans tous ses états

L’imagination scientifique, marketing ou des emballages, visant à valoriser les bienfaits de l’eau, ne tarit pas...
 
  • Changer l’eau en or
Depuis longtemps, les aérosols démocratisent l’existence des bains (plus d’une centaine de stations thermales en France) et permettent de « prendre les eaux » à la pharmacie du bout de la rue. Ringard du temps de nos grandmères, le thermalisme redore son blason depuis plusieurs années. Plus qu’une brumisation destinée à rafraîchir l’été, l’eau thermale s’insinue dans la routine beauté quotidienne : après le démaquillage, avant ou directement par-dessus la crème ou le sérum, reconnue pour ses propriétés de régénération, anti-radicalaire, de stimulation de la différenciation kératinocytaire, de la réponse immune. Des tests récents confirment leurs qualités reconnues depuis l’Antiquité, en montrant notamment, pour certaines eaux, la diminution des marqueurs d’inflammation, l’augmentation de la synthèse d’antioxydants et d’aquaporines, qui favorisent une bonne hydratation. Sans oublier que certaines eaux thermales (ellesmêmes porteuses de micro-flores ou pas) trouvent de nouvelles indications liées au microbiome cutané et à ses dérèglements… C’est pourquoi, tout naturellement, eaux thermales, de sources ou de résurgence s’incorporent dans les spécialités de grandes marques leur conférant, selon leur composition, des activités intrinsèques spécifiques
 
  • Mise en scène aqueuse
Tous les moyens sont bons pour sublimer l’eau de boisson comme celle de beauté.
Pour commencer, cette capsule d’eau transparente qui s’avale, promet de révolutionner le marché de l’eau en bouteille. Sa membrane comestible et biodégradable à base de plantes et d’algues forme un emballage à faible impact sur l’environnement. Bien moins chère que le plastique, étendue à d’autres liquides, cette innovation pourrait bien envahir la cosmétique ! Et en parallèle, pour revendiquer l’eau, la transparence de l’emballage s’impose car il est primordial d’y voir les jeux de lumière, de couleurs, les bulles (d’air ou d’huile), les inclusions (pétales en infusion, billes en suspension). Ensuite, déferlante depuis l’Asie, la cosmetic water célèbre l’eau, érigée en élément central, symbolique de pureté, légèreté, fraîcheur immédiate et hydratation. Cette tendance inonde le soin mais aussi fond de teint ou peeling. En effet, font surface des masques splash ou water packs (formules aqueuses concentrées d’extraits de plantes et d’acide lactique à laisser poser 15 secondes et rincer sous la douche pour un soin régénérant express), des eaux micellaires multifonctions, des brumes ou des eaux de soin super hydratantes valant crèmes de jour. Puisque dans la routine de la coréenne, le produit phare, hybride entre sérum et lotion, est l’essence. Sa formule est fluide comme de l’eau pour pénétrer rapidement mais assez technique, concentrée en actifs (beaucoup obtenus par fermentation), pour majorer l’action des produits appliqués ensuite. Tout l’art du soin liquide est de solubiliser et stabiliser ces hautes concentrations d’actifs, garder la transparence, donner du corps à la texture, offrir un fini poudré ou velouté, incorporer des huiles sans effet collant.
Et puis les effets de métamorphose réelle ou suggérée par le nom évoquent aussi bien l’efficacité désaltérante qu’une douce et fraîche sensorialité. Faire-valoir ou premier rôle, l’eau participe à la transformation : des microorganismes probiotiques qui s’activent sur peau mouillée, démaquillante gélifiée ultra légère qui devient lait ou une poudre qui se liquéfie au contact de l’eau. Une eau en gel ou un gel en eau forment des maillages de gel gorgé d’eau qui cassent en splash à l’application. Le « chrono- patch gel », structure galénique riche en eau, procure à la peau un véritable bain à libération prolongée. Un baume en eau onctueux comme une crème et léger comme de l’eau, un gel sorbet rebondi et frais, un gel façon eau-en-huile, sont les termes qui se répandent sur les packs.
 
  • Hydratation de toutes formes
Sur les produits pleuvent les préfixes hydra, aqua ou hydro, noyés d’attributs anti-soif, perfusion, infusion, désaltérant, goutte d’eau, surenchérissant de durée d’hydratation (12, 24, 48, 72 h…). En outre, une galénique actuelle, à la promesse hydratante, se doit de paraître aqueuse. Ainsi, les gels ne se cantonnent plus aux peaux mixtes et soulagent et regonflent toute peau déshydratée. Pratiques, ils permettent un maquillage immédiat car ils pénètrent rapidement, sans effet collant. En ce qui concerne les actifs hydratants, urée, céramides ou glycérine, abreuvent les formules mais l’acide hyaluronique demeure le champion incontesté. Naturellement présente dans la peau, c’est une molécule-réservoir qui forme un coussin d’eau à la surface de l’épiderme (quand sa taille plus petite lui permet de pénétrer plus profondément, elle est considérée comme anti-âge). Mais l’hydratation demeurant la revendication n°1 du soin, de nouveaux actifs se doivent de renouveler régulièrement le discours des marques : des super-résistants à la sécheresse du désert (une microalgue -Selaginella lepidophylla-, ou encore, la plante de la résurrection qui survit avec la seule rosée du matin captée par ses cellules grâce à des éponges), des cellules natives de rose à effet « capteur et réservoir d’eau », la sève du Commiphora mukul dotée d’une extraordinaire capacité à retenir l’eau, le kalanchoé officinal « activateur d’hydratation végétal » qui réveille le pouvoir auto-hydratant de la peau… En combinaison, le naturel s’associe à d’autres molécules pour maximiser l’activité. Ici, par exemple, l’« Aquacomplex » (extraits végétaux et actifs issus de la biotechnologie) purifie l’eau de la peau et augmente la fixation d’acide hyaluronique dans les tissus.
 

Pour que l’eau dure

Les besoins en eau grandissant, une transition globale et conjointe aux marques et aux consommateurs doit être initiée afin d’en maîtriser la gestion et éviter la dépendance.
Individuellement, il faut revoir ses habitudes pour devenir plus responsable au quotidien tandis que les entreprises développent des solutions moins gourmandes en eau. Au-delà de l’aspect stratégique, il semblerait même que les initiatives de durabilité participent d’un cercle vertueux qui, en plus de sensibiliser le consommateur, accélère les ventes.
Pour exemple, on envisage de fabriquer avec de l’eau recyclée (des microorganismes vivants écologiques contribuent à l’épuration des eaux usées) ou de l’eau de pluie (comme le font certains brasseurs). Et on formule avec moins ou plus d’eau du tout : concentrer le gel douche (la diminution de contenance permet de réduire l’empreinte environnementale, avec une réduction de la quantité de plastique et des gaz à effet de serre) ou développer un dentifrice solide voire un shampooing sec ! On économise quand même beaucoup de transports inutiles (un camion de poudre cosmétique, c’est sept camions de produit dilué), de stockage, d’émissions de CO2 (d’autant que la dépense de carbone de fabrication d’un cosmétique en poudre est divisée par 100 par rapport à un cosmétique classique) voire d’emballages.
Des efforts sont faits également pour des produits plus économes en rinçage, puisque la majorité des émissions de gaz à effet de serre provient de l’eau chaude nécessaire à la toilette...

Est-il pensable que la planète bleue tombe un jour en panne sèche ?
De récentes études ayant montré que l’eau de la Terre et de la Lune viendrait des astéroïdes, pourrions-nous tenter de reproduire ce phénomène cosmique pour reconstituer nos réserves ? Puisque cosmos et cosmétologie ont une origine étymologique commune, les cosmochimistes pourraient venir au secours de l’industrie cosmétique !
A lire aussi
Peau //

Libre comme l'eau ?

Un flux hydrique permanent diffuse au cœur de la peau, du derme vers la surface créant un gradient. Son rôle fondamental varie selon la profondeur où l’eau se trouve. Liée ou libre, elle suit son cours…

Conso //

Histoire d'eau

L'eau : source de toute vie, animale et végétale est menacée de disparition. Pour ne pas perdre cet élément clé sur Terre, développer de nouveaux comportements est une réelle urgence. Entre enjeux sanitaires et tendance de consommation, start-ups, designers et firmes internationales challengent notre rapport à l’eau.