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Une "jolie" microflore pour une peau saine et belle !

Des milliers de micro-organismes pour la plupart non pathogènes vivant en bonne entente - bactéries, champignons..., telle est la microflore qui réside au fin fond des anfractuosités de la peau, de ses follicules pileux et de ses glandes sébacées. Un petit peuple de germes polymorphe - qui fluctue selon la zone, l'âge, et même le sexe - capables de créer des biotopes spécifiques sur chacun des sites cutanés.
Depuis la mise en oeuvre en 2007 du Human Microbiome Project par le NIH américain (National Institutes of Health) - lequel s'est fixé pour objectif de répertorier les séquences des génomes microbiens des flores digestive, génito-urinaire et cutanée d'adultes en bonne santé, d'en comprendre les spécificités, et d'observer les mutations qui s'opèrent au détour de certaines affections -, de nouvelles connaissances ont émergé, ouvrant la voie à des pistes innovantes de traitement, tant côté santé que "beauté".
Si le "microbiote" cutané fait depuis peu l'objet d'une recrudescence de recherches, sa considération par les cosmétologues et les marques ne date toutefois pas d'hier. Certains ont depuis longtemps cherché à préserver cet écosystème, à optimiser l'équilibre subtil entre le revêtement de surface, son pH, et la microflore résidente, parlant même "d'écovigilance cutanée".
 

Une accélération des recherches

De fait, au tournant du 21ème siècle, l'implication de la microflore dans la santé et la beauté de la peau revient au premier plan de l'actualité. Et ce d'autant plus que les investigations récentes menées côté microbiote intestinal ont mis en lumière avec acuité le rôle prépondérant des germes saprophytes que nous hébergeons sur le bien-être de notre organisme dans sa globalité. Ainsi, de découverte en découverte, de nouvelles fonctions sont attribuées au microbiote intestinal, en particulier son implication dans la maturation du système immunitaire, et plus récemment, son influence sur le cerveau, via un dialogue permanent avec le système nerveux central. Il est désormais avéré que la diversité et l'équilibre de ce microbiote sont essentiels dans la prévention de certaines maladies, en premier lieu les MICI (maladies inflammatoires chroniques de l'intestin), mais aussi le diabète, l'obésité...
Grâce à un nouvel arsenal d'identification et de quantification des microbes, la vision de la vie microscopique a été bouleversée, et la peau n'échappe donc pas à cette vertigineuse accélération technologique. Moins de 1 % des espèces bactériennes étant cultivables, les techniques récentes d'amplification d'ADN et de séquençage à haut débit autorisent désormais une caractérisation plus précise du microbiote cutané, ainsi que de son contenu génétique - dénommé microbiome. Avec ces avancées, on comprend mieux aujourd'hui comment les micro-organismes s'adaptent à la peau de chacun, ainsi que les mécanismes d' interdépendances bactéries-hôte.
 

Quelques repères :

  • Le microbiote : Le microbiote définit l'ensemble des communautés de micro-organismes (bactéries, levures, champignons, virus) colonisant un site spécifique de l'organisme dans un environnement bien particulier, qu'il s'agisse du tube digestif, de la bouche, de la peau, de la sphère génito-urinaire... Tout hôte animal ou végétal héberge un ou des microbiotes.
  • Le microbiome : Le microbiome désigne la somme des génomes de micro-organismes vivant dans - ou sur - un organisme animal ou végétal, hors état pathologique. Divers outils, dont le séquençage à haut débit - ou métagénomique fonctionnelle, permettent en effet de séquencer une grande partie des gènes de micro-organismes présents dans un environnement donné, sans pour autant les relier à des espèces particulières.
  • Les probiotiques : Les probiotiques sont des micro-organismes vivants (bactéries ou levures) qui, introduits dans certains produits alimentaires tels que les yaourts ou les céréales, auraient un effet bénéfique sur la santé, en étant censés améliorer l'équilibre de la flore intestinale. Par extension, un produit contenant des probiotiques est désigné par le même terme. La cosmétique exploite également des produits à fonction probiotique visant le réquilibrage de la flore cutanée.
  • Les prébiotiques : Les prébiotiques sont des aliments ou éléments de l'alimentation aptes à favoriser la croissance ou l'activité des bactéries intestinales bénéfiques à la santé. Présents dans les fruits et légumes ainsi que dans le lait maternel, ce sont généralement des oligosaccarides, ou des polysaccharides à courte chaîne,. Par extension, la cosmétique exploite et recherche des composants censés favoriser la croissance et le "bien-être" des "bons" micro-organismes cutanés.
  • Saprophytes : Les micro-organismes saprophytes sont des hôtes habituels de l'organisme qui vivent au dépens de matières organiques inertes, sans occasionner de dommages, contrairement aux parasites. On retrouve de nombreuses espèces de bactéries saprophytes dans le corps humain, notamment au niveau de la peau, du tube digestif, de la flore vaginale. On les oppose aux micro-organismes pathogènes qui pénètrent dans le corps, s'y développent et sont responsables d'infections. Certaines bactéries saprophytes peuvent toutefois être néfastes par le biais des toxines qu'elles sécrètent.
 

Un écosystème foisonnant et interactif

On estime désormais qu'un million de bactéries habitent chaque cm2 de peau, le microbiote dans sa globalité apparaissant constitué d'environ 1 000 espèces bactériennes, lesquelles ont révélé à ce jour plus de trois millions de gènes bactériens. Ces espèces appartiennent à 19 groupes, les genres dominants étant Propionibacterium, Streptococcus, Staphylococcus, et Corynebacterium. S'y associent d'autres types de germes : des levures lipophiles du genre Malassezia, des parasites de la famille des acariens, et probablement certains virus (papillomavirus). A la flore résidente, relativement stable, qui peuple la couche cornée et les couches superficielles de l'épiderme, s'ajoute une flore transitaire, provenant de sources externes. Entité à part entière, cette vie mouvante de surface réagit à l'environnement, protège et équilibre la peau, et la défend en premier lieu contre les envahisseurs pathogènes. La microflore contribue ainsi au rôle de barrière protectrice de la peau contre les agressions extérieures, et participe aussi activement à la mise en place de l’immunité locale.
Nul besoin de le préciser, le microbiote est vulnérable ; son équilibre peut être facilement rompu, laissant place à des germes indésirables. Dès lors, plusieurs études le suggèrent, ces modifications peuvent faciliter le développement de certains troubles cutanés inflammatoires. Ainsi par exemple, au cours d’une poussée inflammatoire de dermatite atopique, le microbiote perd sa diversité habituelle pour être constitué presque uniquement de staphylocoques dorés. De même, l'acné est reliée à la prédominance de Propionibacterium acnes, tandis que Staphylococcus epidermidis peut être corrélé à l'émergence de la couperose.


De nouvelles voies pour la recherche cosmétique

Aujourd'hui, les connaissances très en pointe sur le microbiote cutané offrent de nouvelles perspectives à la sphère cosmétique, notamment la possibilité d'imaginer des réponses plus précises, mieux adaptées aux désordres physiologiques mineurs, mais aussi plus en phase avec le bien-être de la peau tout simplement.
Il s'agit d'abord au minimum d'élaborer des formulations prenant mieux en compte l'écoflore cutanée, qui soient au minimum dénuées de composants ne jouant pas en la faveur de cette dernière. Mieux, on peut désormais viser à équilibrer la microflore via des formules intégrant des substances régulatrices, voire des substrats nutritifs ad hoc.
Ainsi, des souches sélectionnées de lactobacilles se révèlent d'excellents probiotiques, aptes à renforcer les "bons" micro-organismes de la flore cutanée existante. Cet apport est censé améliorer les défenses naturelles de la peau en s'opposant à la colonisation de bactéries pathogènes. Des formules cosmétiques intégrant des prébiotiques semblent également susceptibles d'optimiser l'activité de la microflore bénéfique. Un fameux laboratoire de dermocosmétique a eu l'ingéniosité de mettre au point un ingrédient biotechnologique issu de la microflore caractéristique de l'eau thermale propre à la marque, laquelle est réputée pour ses effets très adoucissants pour la peau. Résultat : un baume calmant et régulateur des irritations dont sont sujettes les peaux atopiques, grâce à un rééquilibrage de leur microflore. Citons également la possibilité d'induire par effet biologique la libération par les kératinocytes de peptides anti-microbiens, afin d'anéantir les bactéries indésirables.
Différents laboratoires travaillent par ailleurs à rétablir la diversité microbienne par différentes voies chimiques et/ou bactériologiques afin de résoudre des dérèglements tels la séborrhée, les peaux sensibles, les états pelliculaires...
A n'en pas douter, le regard porté sur la recherche d'une écovigilance cutanée optimale devient prioritaire tant dans l'ingénierie formulatoire de base, que dans les stratégies de découverte de principes actifs ciblés et performants.
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