Peaux et activité /

Transition délicate

Comment oublier cette longue période entre enfance et âge adulte, où le souci de son apparence va de pair avec une recherche désespérée de confiance en soi. Une phase charnière de la construction individuelle, malencontreusement ponctuée de maints désagréments physiologiques, dont la peau n'est pas épargnée. Il faut savoir dire adieu à sa peau d'enfant, idéalement souple, tonique, qui ne perdurera jamais comme telle à l'âge adulte.
 

Soumission aux hormones

Premier passage obligé : la puberté et ses bouleversements hormonaux, qui auront, la plupart du temps, des répercussions sur l'épiderme. Ainsi commence l'adolescence, synonyme entre autres de pilosité naissante, de rougeurs incontrôlables..., que l'on situe classiquement entre 12 et 18 ans, avec l'entrée en fonctionnement des organes de la procréation, marquée par le cycle menstruel chez les filles, et la spermatogénèse chez les garçons.
Alors que la peau est à peine parvenue à sa pleine maturité physiologique, son équilibre est souvent troublé par des désordres signant, en réalité, le réveil impromptu des sécrétions sébacées et sudorales. L’aspect cutané au travers de l’adolescence est, de fait, fortement conditionné par le caractère androgéno-dépendant du tissu sébacé. Etant richement équipées en enzymes de conversion des stéroïdes, les glandes sébacées sont en effet capables de transformer tous les précurseurs androgéniques - déhydroépiandrostérone, androstènedione -, en testostérone, puis en dihydrotestostérone, seul androgène effectif in situ. Si l'hyper-androgénie momentanée en période de pré-adolescence (plus ou moins marquée par des poils sur le visage, l’augmentation de la masse musculaire, une voix rauque, …) paraît inattendue chez les jeunes filles (heureusement pour peu d’entre elles), elle s'explique par le fait que les androgènes ne sont pas encore contrebalancés par les anti-androgènes naturels que sont les hormones oestrogènes et la progestérone, dont les sécrétions interviendront plus tardivement.
 

Troubles mineurs

A l'aube de la puberté, du fait de leur grande sensibilité aux hormones androgènes dont l'afflux les stimule, les glandes sébacées déploient leur activité, s’hypertrophient, que ce soit chez les filles, ou chez les garçons. Leur activité ne cessera d’augmenter jusqu’à l’âge adulte, pour se stabiliser vers l’âge de 25 ans. Les zones corporelles concernées sont celles où la densité en follicules sébacés est la plus importante : visage, épaules, haut du dos, décolleté.
Sur le visage, l’hyperséborrhée (plus importante chez les garçons) génère un cortège de problèmes cutanés : peau luisante, d’aspect peu sain, dermite séborrhéique, petits boutons sur ailes du nez, front, menton... où les glandes sébacées foisonnent, puis véritable acné.
Alors que le décompte de la population adolescente concernée par des problèmes de peau est difficile à établir, il semble néanmoins qu’environ 80 % des jeunes entre 13 et 18 ans considèrent avoir la peau grasse ou mixte, un terrain propice au développement de l’acné juvénile (acne vulgaris). Sachant que toute peau grasse ne devient pas systématiquement acnéique.
 

L'acné prédominante

L’acné touche en moyenne 80 % des adolescents - majoritairement entre 16 et 19 ans -, appelant une forte demande de consultation dermatologique, d'autant plus que cette affection s’accompagne fréquemment d’une altération de l’image de soi.
Dès l’âge de 9-10 ans, certains enfants commencent à avoir de petits comédons, mais c’est habituellement après 12 ans chez les filles, et 13-14 ans chez les garçons, que l’acné débute véritablement. Evoluant par poussées et rémissions successives, elle intervient à la conjonction de plusieurs évènements : l'augmentation de la production de sébum, la kératinisation anormale de l'épithélium au niveau de l'orifice sébacé, la colonisation bactérienne, combinée à l'inflammation du canal folliculaire. Si les acnés à prédominance rétentionnelle s'expriment surtout par des microkystes et des comédons, les acnés inflammatoires, plus graves quant à elles, sont marquées de papulopustules, voire de nodules et de kystes. Quel que soit l'âge, les garçons ont des lésions plus sévères et plus inflammatoires que les filles.
On retrouve souvent une notion d’acné familiale, mais à ce jour, aucun gène de prédisposition n’a pu être identifié, même si 60 % des acnéiques ont un parent du premier degré (père, mère, frère, sœur) qui en est, ou en a été atteint.
L'implication du stress voire de problèmes psychologiques dans la survenue et l'entretien de l'acné, semble corroborée par la présence d'un réseau nerveux près des glandes sébacées. En cas de stress, les neurones libèrent en effet de la substance P et de la corticolibérine ou corticotropin-releasing hormone (CRH), deux neurotransmetteurs auxquels les glandes sébacées sont très sensibles.
Par ailleurs, certaines études - insuffisamment concordantes - laissent suggérer une influence de la nourriture sur l’incidence de l’acné, en particulier une alimentation riche en graisses ou en laitages, mais il n’a jamais été formellement démontré qu’un régime alimentaire influençait le cours de cette affection.
A l'issue de cette longue période parfois ingrate, à partir de la vingtaine en général, la peau prendra son aspect définitif ; elle ne changera guère durant des décennies, hormis l'esquisse de quelques rides sur le visage, voire l’apparition de l’acné tardive (Cf addiactive 95, pages 14-15, « combattre l’acné de l’adulte »).
 

(R)évolution du corps

L'adolescence fait subir au corps maintes transformations, certaines progressives, d'autres plus radicales.

  • Soumise à étirements et pressions, à l'influence des hormones pubertaires, la peau du corps évolue dans sa physiologie et son aspect. Le tissu graisseux se développe particulièrement sur certaines zones - hanches, ventre, fesses et cuisses, les adipocytes étant très sensibles aux hormones oestrogènes.  S'hypertrophiant en cas d’alimentation trop riche, ces derniers finissent par comprimer les tissus environnants, donnant un aspect capitonné à l'épiderme : la cellulite fait son apparition.
  • Sous l'influence des hormones glucocorticoïdes, de la prise de poids soudaine, la peau, très sollicitée, peut être le siège de déchirures au niveau du derme profond : les vergetures. Ces petites stries rouges apparaissent alors (ventre, seins, fesses, cuisses, dos, ou même bras): elles cicatriseront spontanément, et laisseront de fines lignes blanc nacré, qui s’estomperont avec le temps sans disparaître complètement.
  • Avantage de l’âge : 9 enfants atopiques sur 10 voient leur eczéma disparaître spontanément à la puberté.


Sources : Dermato-info (Société française de Dermatologie) ; Laboratoire P.Fabre ; Christine Léauté-Labrèze - Unité de dermatologie pédiatrique, Hôpital Pellegrin-Enfants, Bordeaux (MT Pédiatrie - Oct. 2007) ; Laurent Misery - Service de dermatologie, CHRU de Brest.
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