Peaux et activité /

Quand la peau a le mal de l'air

Pour voyager vite et loin, l’avion, le moyen le plus adapté, se démocratise. Mais la voie des airs revêt des caractéristiques fort différentes des habitudes terriennes. Face aux variations d’hygrométrie, de pression et de température, au rayonnement solaire ou à l’aérodromophobie (peur de l’avion), procédons au survol d’une peau soumise à une zone de turbulences…
 

Peau asséchée

Dans un avion, pour éviter aux voyageurs et à l’équipage de souffrir de la faible pression de l’air extérieur et procurer une atmosphère sûre à 30000 pieds, la cabine est pressurisée (pour être proche de la pression atmosphérique au sol) avec un air conditionné à faible humidité. Ce qui, outre la fatigue inhérente aux longs courriers, affecte la peau et les muqueuses. En effet, l’air que l’on respire à bord, contenant jusqu’à moins de 10 % d’humidité (alors que les normes européennes préconisent environ 50%), assèche les yeux, la gorge, le nez et la bouche ce qui altère, notamment, le goût (perceptions sucrée et salée de -30 %). Et cet air sec favorise également la déshydratation cutanée en absorbant l’humidité de la peau. Ce qui engendre un visage terne et relâché, des lèvres gercées et des mains sèches. Puisque la couche cornée contient environ 20% d’eau, les garants du gradient hydrique (lipides intercornéocytaires, jonctions serrées et composants hygroscopiques du NMF de la matrice intracornéocytaire) peuvent se trouver dépassés. Si cette barrière est défaillante, l’homéostasie hydrique ne peut être maintenue, mettant à mal la régulation des fonctions métaboliques (activité enzymatique, signalisation cellulaire) et, de fait, l’apparence et la texture cutanée telle l’élasticité.
Et si la perte en eau dessèche encore plus les peaux sèches, a contrario, par effet rebond, elle stimule, chez les peaux grasses, une surproduction de sébum.
 

Perturbations hormonales

Pour lutter contre la fatigue du décalage horaire (désynchronisation entre rythmes biologiques et rythmes de l'environnement, tel le cycle veille-sommeil), les glandes surrénales synthétisent du cortisol qui affecte la fonction de barrière de la peau et cause rougeurs, taches et éruptions cutanées. Sa sécrétion s’accompagne d’une élévation de stéroïdes, proche de l’hormone masculine (produite aussi chez la femme par les surrénales). Ce qui expliquerait que la femme soit plus sensible à ce qu’appellent certains dermatologues « l’acné de l’avion ». De plus, sous l’effet de stress (dérèglement de l’horloge interne, phobie de l’avion…), la libération de substance P par les nombreuses cellules nerveuses à proximité des glandes sébacées stimule l’hyperséborrhée, également source d’imperfections.


Jambes lourdes et gonflées

Bien souvent, lors de longs voyages en avion, les jambes gonflent au niveau des mollets, des chevilles et/ou des pieds. Cela est dû à une insuffisance veineuse que la pressurisation, la chaleur, l’augmentation de la viscosité du sang par déshydratation, la position assise immobile prolongée (empêchant l’activation de la pompe musculaire des mollets) accentuent. Ce mauvais retour veineux du sang circulant des membres inférieurs vers le cœur est causé par une perte d’élasticité des veines (liée à une déficience pariétale en fibres musculaires) et un dysfonctionnement des valvules anti-retour. Plus nombreuses dans les veines des extrémités, ces valvules présentent un axe conjonctif, recouvert d’endothélium, se projetant dans la lumière toujours dans la direction du sang. De fait, le reflux sanguin inefficace ralentit la vitesse de circulation et augmente de la pression dans les veines. Cette stase veineuse provoque une sensation de jambes lourdes mais aussi des fourmillements, des impatiences, des crampes musculaires. Bien que sujettes à la dilatation dans la maladie veineuse, les veines et veinules du derme présentent déjà, physiologiquement, un diamètre plus large que celle des artères et artérioles (de 50 µm à plus d’un cm pour les veines les plus larges). Et leur paroi musculaire, constituée de trois strates (l’intima, la media et l’adventice), est plus fine.
A cause de l’hypertension veineuse, mécaniquement, l’eau peut sortir des vaisseaux et causer une déformation physique extra-vasculaire. C’est l’œdème. Constitué d’un liquide séreux (transsudat), il entraine le gonflement visible au cours de longs voyages.
 

Surchauffe cutanée

Au cours d’un vol, on a parfois très chaud. L’organisme s’adapte alors grâce à deux systèmes : l’un profond et viscéral, l’autre plus superficiel au niveau de la peau et du tissu sous-cutané. La peau, de l’hypoderme profond jusqu’à la jonction des dermes papillaire et réticulaire, à l’exception de l’épiderme, est richement vascularisée par un réseau sanguin très structuré d’artérioles, de capillaires et de veinules. Entre artérioles et veinules, les capillaires constituent un réseau complexe appelé « lit capillaire », siège des anastomoses artério-veineuses. Ce sont ces dernières, véritables courts-circuits investis dans la réactivité vasomotrice de la microcirculation cutanée, qui jouent un rôle majeur dans la thermorégulation. Très abondantes au niveau de la peau du nez, des oreilles, des zones palmo-plantaires, des doigts et du lit de l’ongle, en augmentant le débit sanguin cutané, elles favorisent la déperdition de calories en surface.
Cette « thermolyse » relève d’un phénomène de convection (perte de chaleur liée au gradient de température entre la peau et l’air avec lequel elle est en contact). Mais l’attiédissement peut aussi être dû à la conduction (contact avec un solide), aux radiations (rayonnement infrarouge du corps vers les surfaces plus froides environnantes) ainsi que l’évaporation respiratoire et cutanée avec la sudation. Cette dernière reste le seul moyen de se rafraîchir quand la température ambiante dépasse celle du corps. Mais la sudation découle également du débit sanguin : sans vasodilatation pas d’élévation du débit de sang cutané permettant la sécrétion de sueur par les glandes sudoripares. Ce sont ces différents phénomènes, régis par l’enveloppe (dont l’amplitude thermique peut aller de 20 à 40°C), qui aident aussi à maintenir stable la température du noyau central (autour de 37°C).
Pour éviter la surchauffe, les compagnies aériennes forcent parfois la climatisation car surpression de la cabine et température élevée pourraient favoriser l’hypoxie et donc l’évanouissement des passagers !
 

Coup de soleil

A travers hublots et pare-brise, la peau se trouve plus exposée aux UV en avion par la proximité du soleil et l’atmosphère moins dense. C’est pourquoi une méta-analyse (1) met en avant le risque (deux fois plus important qu’au sol) pour le personnel navigant de développer un mélanome malin. A 9000 mètres d’altitude, l’intensité des rayons UV, accentuée par la réverbération du manteau nuageux au-dessus duquel on vole (renvoyant 85% des UV), présente un réel danger.
Cela relève naturellement plus de la médecine du travail mais quand on vous dit que les vacances commencent à l’aéroport… Mieux vaudrait appliquer un SPF50+ dès l’embarquement !

(1) Sanlorenzo M. et al. The Risk of Melanoma in Airline Pilots and Cabin Crew. JAMA Dermatologie, 2015.
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