Peaux et activité /

Objectiver le whitening

Aujourd’hui, le marché cosmétique est en forte demande d’ingrédients dépigmentants pour la peau. Molécules pures ou mélanges, extraits végétaux… ils ciblent tous la mélanogenèse, processus complexe et non entièrement élucidé à ce jour. Peu importe la façon dont ces ingrédients blanchissants agissent (destruction de la mélanine, inhibition de la synthèse de mélanine, blocage du transfert des mélanosomes vers les kératinocytes…), l’objectivation de leur activité et/ou de leur mécanisme d’action utilise des modèles d’évaluation allant de l’in tubo à l’in vivo, en passant bien sûr par l’in vitro. Voici donc quelques pistes pour mieux comprendre comment évaluer un actif blanchissant, antitaches.

Tests in tubo

L’évaluation du potentiel dépigmentant d’un actif cosmétique peut se faire en tout premier lieu via un test biochimique, étudiant l’activité anti tyrosinase de l’ingrédient.

Tests in vitro

Ils mettent en œuvre des modèles de cultures cellulaires monocouche, ou de co-cultures monocouche, et aussi de peaux reconstruites. Pour les modèles monocouches, on évalue le plus couramment la synthèse globale de mélanine par dosage spectrophotométrique à 405 nm. Pour les peaux reconstruites, il est également possible de réaliser des mesures histologiques (coloration Fontana Masson sur coupes), voire des mesures colorimétriques en surface.

Cultures de mélanocytes B16

Très utilisé en screening, ce modèle détecte le potentiel pro- ou dé- pigmentant d’un actif solubilisé dans le milieu de culture. Dans ce modèle, la mélanogenèse est induite par un dérivé de l’α-MSH, une hormone naturelle de stimulation de la pigmentation relarguée par les kératinocytes sous l’influence des UV. Lorsque la mélanogenèse est inhibée, partiellement ou totalement, sans cytotoxicité, l’actif démontre son potentiel dépigmentant.

Cultures de mélanocytes humains normaux et co-cultures mélanocytes/kératinocytes

Une fois le potentiel dépigmentant démontré sur mélanocytes B16, il est possible de vérifier sur les cellules humaines normales l’efficacité d’un actif cosmétique, soit vis-à-vis des mélanocytes seuls en culture soit en combinaison avec les kératinocytes mimant ainsi les unités épidermiques de mélanisation.

Modèles de peau reconstruites

Ces modèles 3D, beaucoup plus complexes, se rapprochent plus de la physiologie cutanée que les modèles précédents. Ils permettent en outre d’appliquer l’actif cosmétique par voie topique. Il existe plusieurs types de peaux reconstruites : des épidermes reconstruits pigmentés (mélanocytes + kératinocytes) sur support inerte ou sur derme humain désépidermisé. Des modèles de recherche incluent même un derme équivalent afin d’étudier la contribution des fibroblastes au processus de mélanogenèse.

Test ex vivo

Les explants de peau humaine maintenus en survie constituent l’étape ultime de l’évaluation de l’activité dépigmentante d’un ingrédient cosmétique. Un pré-requis important est de sélectionner les phototypes adéquats permettant ensuite la modulation de la pigmentation. Les technologies d’évaluation sont celles mises en œuvre pour les modèles 3D.

Tests in vivo

In vivo, l’efficacité éclaircissante d’un ingrédient cosmétique est évaluée principalement via l’homogénéité du teint (homogénéité de couleur) et/ou l'étude des taches de sénescence (mains ou pommettes). Plusieurs méthodologies sont à disposition pour l’évaluation de la modulation de la couleur de la peau. Quelques exemples :
  • l’auto-évaluation et le scorage dermatologique, souvent combinés à une mesure instrumentale
  • la colorimétrie : chromamétrie, spectrocolorimétrie (mesure des paramètres L*, a*, b*, calcul de l’angle ITA et du paramètre delta E)
  • la méxamètrie (détermination d’un index ou indice mélanique)
  • l’analyse d’images réalisée à partir de photographies haute résolution prises en lumière polarisée croisée (pour les taches, on peut analyser différents paramètres : surface, périmètre, couleur de la tache et d’une zone adjacente, netteté et couleur des contours).
  • La microscopie confocale pour l’étude des taches pigmentaires (acquisition de véritables « biopsies » optiques in vivo).
La modulation de la pigmentation in vivo est difficile à démontrer. La cible biologique nécessite en effet un traitement de longue durée (3 mois). Par ailleurs, la démonstration de l’efficacité d’un ingrédient cosmétique est plus complexe que celle d’un produit fini qui, par définition, combine plusieurs ingrédients agissant de concert sur la pigmentation (actif dépigmentant, antioxydants, apaisants, filtres solaires, exfoliants…).
 

Eclat / éclaircissant : même combat ?

Pas vraiment… Eclaircir la peau, c’est la rendre plus claire, plus homogène et uniforme en termes de couleur. Lui donner de l’éclat, c’est en plus la rendre plus lumineuse, lui conférer un aspect "bonne mine" et une teinte rosée ; c’est aussi soigner sa texture et l’affiner... Les cibles cutanées dont dépend l’éclat du teint sont multiples (pigmentation, microcirculation, relief...). Les paramètres à étudier en objectivation clinique sont donc différents de ceux étudiés dans l’axe dépigmentation.

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