Peaux et activité /

Les secrets d'une peau claire et diaphane

Le désir de carnation uniforme et de teint sans irrégularités de couleurs s'exprime partout à travers le monde, de l'Occident à l'Orient, et à fortiori en Asie du Sud-Est où les défauts de pigmentation parsèment visages et mains à un âge précoce.
S'accentuant avec le vieillissement, selon une intensité génétiquement dépendante, ces ponctuations pigmentaires sont la résultante de stress solaires subis durant des années sur les parties découvertes du corps, mais dépendent aussi d'autres facteurs comme les aléas climatiques, les agressions physiques, ou des facteurs d'ordre interne : stress nerveux, impacts hormonaux (α-MSH, progestérone et androgènes stimuleraient la mélanogénèse)…

Une saga parfaitement orchestrée

Naturellement, les mélanocytes - cellules étoilées situées à la base de l'épiderme - sont conditionnés pour teinter légèrement la peau grâce à la fabrication en proportion génétiquement déterminée de pigments mélaniques - phaeomélanine, jaune à rouge, et eumélanine, brune à noire foncée.
C'est au sein de petites vésicules ovalaires - les mélanosomes - que les mélanocytes accumulent les pigments fabriqués. Cette synthèse se fait à partir de la tyrosine via une suite de réactions d'oxydation catalysées par différentes enzymes dont la principale est la tyrosinase, laquelle est elle-même activée par le cuivre.
Au fur et à mesure de la synthèse pigmentaire, les mélanosomes migrent peu à peu vers les extrémités des dendrites du mélanocyte. Chargés de mélanine, ils sont ensuite transférés vers les kératinocytes au sein desquels ils libèrent leurs grains pigmentaires.
Au fur et à mesure de la maturation et de la différenciation des kératinocytes, la mélanine se trouve finalement répartie à la surface de l'épiderme, en principe uniformément...

Dysfonctionnements

Alors que se passe-t-il pour qu' à un moment donné, des taches inesthétiques affleurent en surface ?
Avec le temps, les périodes d'exposition au soleil se sont soldées par un certain nombre de désordres cumulés. Invisibles au départ, ceux-ci finissent par engendrer sur certains sites de la peau une hyperactivité des mélanocytes, avec amplification de la synthèse de mélanine. Des amas anarchiques de pigments stagnent in fine dans l'épiderme supérieur, signant des taches qui altèrent la clarté du teint.
Pour clarifier la peau, réguler les désordres pigmentaires, nombreuses sont les solutions imaginées par les laboratoires. Grâce au déploiement d'outils de biologie moléculaire, à la génomique, à la transcriptomique, et aux cultures cellulaires, ils savent de mieux en mieux décrypter toute la mécanique de la pigmentation cutanée, cherchant à déjouer le processus à tous les niveaux. Si actuellement les formulations éclaircissantes cumulent en général plusieurs approches, le principal point de mire reste toujours la limitation de production de mélanine par inhibition de la tyrosinase, sachant que la meilleure prévention consiste en une photoprotection efficace contre les UVA et les UVB.

Haro sur la tyrosinase

On connaît aujourd'hui tout un arsenal de substances susceptibles d'atténuer les taches par inhibition de la tyrosinase, et en premier lieu des extraits botaniques. Ceux-ci sont choisis pour leur richesse en polyphénols, flavonoïdes, dérivés cinnamiques, ou hydroquinoniques, qui ont leur part dans l'efficacité éclaircissante. Tel est le cas des extraits de réglisse, de mûrier blanc riche en phénylflavones, d'agrumes riches en citroflavonoïdes... On recourt aussi à l'arbutine, présente dans la nature et désormais synthétisée. Ou encore à l'acide ellagique - extrait de noix de tara, qui empêche l'intervention de la tyrosinase par effet chélateur du cuivre. Il y a aussi l'acide kojique, interdit au Japon, en Corée et en Suisse ; produit normalement par un microorganisme présent sur le soja, il est à présent synthétisé.

Intervenir de l'amont à l'aval de la cascade pigmentaire

D'autres cibles sont également visées tout au long de la mélanogénèse pour déjouer la dynamique de son déroulement.
Ainsi la vitamine C, et surtout ses dérivés stabilisés, sembleraient enrayer les différentes étapes d'oxydation de la mélanine, notamment au stade de la DOPA-quinone.
Les caroténoïdes quant à eux, ou encore certains dérivés à activité rétinoïde-like, pourraient ralentir la mélanogénèse en entrant en compétition avec le récepteur de la vitamine A qui, elle, stimule l'activité mélanocytaire.
Nec plus ultra, les chercheurs sont désormais à même de beaucoup mieux maîtriser l'expression de gènes clés gérant toute l'activité mélanocytaire jusqu'au processus de pigmentation, d'où un ciblage beaucoup plus fin des angles stratégiques d'attaque. Ainsi peuvent-ils agir sur d'autres enzymes impliquées tout au long de la mélanogénèse, telles que les TRP-1 et -2 (Tyrosinase Related Protein-1 et -2), ou encore viser des modulateurs de pigmentation intervenant sur des voies de signalisation complexes, tel que le TGF-β. Avec la génomique, d'autres prouesses semblent désormais possibles : bloquer l'action stimulante de l'α-MSH (α-Melanocyte Stimulating Hormone) sur les mélanocytes ; empêcher la maturation des mélanosomes ; freiner la migration de la mélanine ; s'opposer à l'absorption des mélanosomes par les kératinocytes...

Stratégies globales et complémentaires

Viser la régression des taches pigmentaires, c'est aussi s'intéresser à tout l'environnement du mélanocyte au sens large. D'où d'autres approches envisagées, complémentaires des précédentes. Parmi les dernières en date :
  • Le dérèglement de la mélanogénèse pourrait être corrélé à une micro-inflammation locale, avec libération de prostaglandines, d'où l'intérêt des substances anti-inflammatoires, là encore plutôt d'origine végétale ; mais aussi accompagné d'un stress cellulaire avec intervention de neuromédiateurs...
  • Le mélanocyte et les kératinocytes qui l'environnent sont interdépendants, les kératinocytes pouvant eux-mêmes avoir leur part de responsabilité dans la stimulation des mélanocytes par le biais de cytokines. D'où l'idée de freiner la production et/ou l'activité de certaines d'entre elles.
  • Enfin, les fibroblastes et le tissu dermique ont également un rôle à jouer dans l'hyperpigmentation. En effet, sous l’effet de l’âge, de l’exposition au soleil… les fibroblastes libèrent des facteurs mélanogènes qui stimulent les fonctions des mélanocytes impliqués dans l’hyperpigmentation. Cet effet négatif est notamment relié à l’accumulation des PTGs (Produits Terminaux de Glycation) dans le derme et à la dégradation prématurée de la matrice extracellulaire par les MMPs (métalloprotéases matricielles).
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