Peaux et activité /

Le défi du camouflage

Dans le secret des cabinets des dermatologues, des médecins esthétiques,..., il n'est pas rare que la demande de consultation soit motivée par le désir de gommer des imperfections cutanées disgracieuses altérant l'aspect du visage ou du corps. La gageure du praticien sera alors de proposer la solution cosmétique ou dermatologique la mieux adaptée, idéalement conçue pour rendre à la peau tant son aspect lisse et uniforme que son homogénéité de couleur.
 

Couleurs et reliefs en jeu

Si certaines imperfections telles que celles reliées à la couperose, aux taches foncées ou dépigmentées, aux hématomes..., relèvent essentiellement - sur le plan purement visuel - de défauts inesthétiques de couleur, d'autres - l'acné, les cicatrices... - , génèrent quant à elles tant un problème de disparité de couleur par rapport à l'environnement cutané sain, que d'irrégularités de relief. Plus les ombres portées autour du dommage cutané sont présentes, plus l'anomalie est visible. Résultante du tout, l'imperfection sera d'autant plus remarquée qu'il existe un contraste optique entre la zone concernée par le dysfonctionnement ou la pathologie en question, et le reste de la peau.
Se rapprocher le plus possible de l'aspect visuel de la peau environnante, telle est donc l'une des équations à résoudre pour les formulateurs de maquillages couvrants. Un véritable défi lorsque l'on sait que, outre un microrelief d'apparence lisse, le fond de couleur de la peau résulte d'une subtile alchimie entre différents paramètres - degré de pigmentation hérité génétiquement et modulé par le mode de vie (proportion de phaeomélanines et d'eumélanines, variant du jaune brun au brun noir), finesse de la peau, microcirculation (présence d'hémoglobine), l'âge... - , avec une gradation infinie de nuances allant du rose pâle au jaune-brun foncé, et autant de niveaux de clarté ou de transparence.
Aide appréciable, les laboratoires de recherche disposent d'outils performants aptes à réaliser des mesures optiques et spectrales (chromamètres, spectrophotomètres...), permettant de repérer les caractéristiques colorimétriques de la peau, de classer une carnation par rapport à une autre, une couleur naturelle par rapport à une couleur corrigée par un artifice.
 

Des dommages indésirables

Couperose

La couperose touche surtout les peaux fines, fragiles, et correspond à des parois vasculaires relâchées. La microcirculation stagne en certaines régions, et la coloration des vaisseaux apparaît en transparence. Lorsqu'il ne s'agit que de rougeurs diffuses, on parle d'érythrose.

Taches pigmentaires

Les taches du tentigo actinitique (d'aspect « lenticulaire ») sont toujours générées par une exposition trop importante au soleil à une période donnée de la vie. Minuscules au départ, , souvent inhomogènes en couleur, ces taches colorées peuvent s'atteindre 2 cm de diamètre.
L'avancée en âge, les changements hormonaux, certains traitements médicaux..., peuvent également engendrer l'éclosion de taches brunes.
Les peaux noires et métissées, de leur côté, sont parfois sujettes à l'apparition de petites taches décolorées, autrement dénommées eczématide achromiante.

Acné

Reliée aux hormones androgènes d'où production excessive de sebum, l'acné de l'adolescence peut aussi perdurer voire émerger à l'âge adulte, touchant surtout les femmes. Les répercussions apparentes - des boutons inflammatoires rouges - constituent, outre l'inconfort, une disgrâce toujours mal vécue.
L'acné est la seule dermatose inflammatoire du visage à induire des cicatrices. Sur les peaux noires ou foncées, l'acné pourra laisser place à des cicatrices très brunes.

Cicatrices

Que ce soit après une blessure accidentelle, une intervention chirurgicale, ou encore des injections esthétiques ..., la cicatrisation résulte d'un véritable remodelage tissulaire se déroulant sur plusieurs mois, et s'accompagne d'oedème, de rougeurs, d'echymoses... Le tissu néoformé retrouvera au final un aspect proche de l'aspect initial, mais jamais totalement identique.

Vitiligo

Des plaques blanches dépigmentées sur le visage, les mains, les articulations..., évoluant par poussées, tel est le vitiligo, une dermatose d'origine vraisemblablement auto-immune survenant avant l'âge de 20 ans dans la moitié des cas.

Hémangiome

4 à 10% des nouveau-nés peuvent se voir atteints dès le premire mois d'une tache rouge - ou « tache de vin » - liée à des dysfonctionnements lors dela croissance des nouveaux vaisseaux. Cette lésion congénitale bénigne, normalement de petite taille, régresse spontanément. Mais en cas d'angiome profond, le traitement par laser ou injection de produit sclérosant peut nécessiter des années.

Mélasma

Le mélasma - appellation médicale du « masque de grossesse » - survient dans 80% des cas hors de la grossesse, favorisé la plupart du temps par une stimulation hormonale (contraception, THS...). Il s'agit d'une hyperpigmentation en nappe brun-jaune à noire, qui touche le visage de manière presque symétrique, et concerne surtout les phototypes foncés de types asiatique ou latino-américain.

 

De précieux artifices de maquillage

Les produits maquillants et couvrants adaptés aux imperfections - fonds de teint,crèmes de teint compactes - , vont jouer tant sur la réflexion optique de la peau et du défaut en question, que sur l'uniformisation des reliefs indésirables. Grâce au choix de leurs pigments et charges, à leurs propriétés optiques, ainsi qu'à leur concentration, ces produits - bien plus opaques que des produits de teint classiques - ont la faculté de se rapprocher au maximum de la carnation naturelle en gommant tout décalage de couleur. Dans ce jeu coloriel à visée couvrante, les charges complémentaires (faites de poudres diverses, silicates, oxydes de titane...) se placent au premier plan pour moduler l'effet visuel obtenu à l'application, et estomper les contrastes des reliefs. Mais si le choix de ces alliances pigmentaires est déterminant dans le « camouflage », la nature de la texture est également fondamentale dans l'effet physique rendu sur la peau. De fait, les supports dotés de leurs charges devront offrir des caractéristiques peu fluides pour autoriser une application très localisée, suffisamment couvrante, sans pour autant être trop chargée à l'endroit de l'imperfection. Afin de maximiser la tenue dans le temps, une poudre micronisée mate et non desséchante pourra être appliquée par-dessus pour mieux « fixer » la couvrance.
Ces formulations maquillantes pourront aussi cibler les cernes, les zones d'ombre, les cicatrices..., grâce à des applicateurs de type stylo ou pinceau.
Pour masquer les dyschromies, l'astuce des couleurs opposées qui se neutralisent entre elles s'avèrera d'un précieux recours. Ainsi, un maquillage dont les pigments sont à dominante jaune, va occulter les dyschromies bleutées, le vert camouflera efficacement les rougeurs, tandis que le rose orangé sera plus adapté aux taches brunes.
 

Se sentir « mieux dans sa peau »

Même si les lésions cutanées du visage n'affectent pas directement la santé des personnes qui en sont atteintes, il est certain qu'elles ont une incidence psychologique négative sur leur vie quotidienne et leurs relations sociales. La perception de leur propre image en est profondément altérée, sans parler de leurs capacités de séduction entravées - complexes d'infériorité à la clé.
Depuis une vingtaine d'années, différentes études sous contrôle clinique ont confirmé l'impact psychologique de différents troubles cutanés, psoriasis, vitiligo... sur la qualité de vie. Ainsi par exemple, d'après une étude d'impact réalisée auprès de 17990 personnes atteintes de psoriasis modéré à sévère (Dubertret L. et al., 2006 - Impact du psoriasis sur la qualité de vie), 26% des patient estimaient que leur vie sociale était perturbée, 27% subissaient des difficultés dans leur vie professionnelle ou scolaire.
Les bénéfices rapides (dès deux semaines d'application) d'un maquillage dissimulant ont bien été mis en lumière il y a quelques années par une marque dermocosmétique, grâce à la mise en oeuvre d'une étude qualitative auprès de femmes atteintes de disgrâces sévères - angiome, cicatrices, vitiligo... -, le tout sous le contrôle de dermatologues et d'un psychologue : possibilité « d'oublier » sa disgrâce dans la vie quotidienne, récupération d'une meilleure confiance en soi, diminution de son sentiement de frustration.
Nul doute, en dissimulant les marques inesthétiques, le maquillage correcteur peut vraiment aider à mieux vivre malgré une apparence imparfaite.
Même si ce dernier a encore de beaux jours devant lui, les perspectives surréalistes offertes par la bio-impression de tissus vivants se traduiront peut-être par la possibilité d'une correction des imperfections à la carte, qui tiendrait à la magie de mini-patchs de peau... Le Graal absolu !
 

Sémantique « soft »

Lorsqu'il s'agit d'évoquer les pathologies méritant d'être dissimulées, les marques cosmétiques à vocation dermatologique, évitant scrupuleusement les revendications médicales que la législation leur interdit, les désignent par « imperfections », promettant avec leurs soins « couvrants » de les neutraliser par la couleur, d'unifier le teint, de masquer les « hyperpigmentations »...
On parle aussi de cosmétique « correctrice des défauts cutanés ». Intéressant, certains laboratoires revendiquent des produits résistant à la transpiration, aux bains, aux frottements...
En toute logique, ces formulations mettent en avant une haute tolérance, voire une hypoallergénicité, l'absence de parfum, et, pour certaines, la présence de filtres UV.
Pour une caution plus médicale, certaines produits se disent « recommandés par les dermatologues et les chirurgiens plasticiens aux USA »...

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