Peaux et activité /

Du sport pour embellir la peau ?

Courir, pédaler, nager, danser..., de nombreuses études ont montré depuis plus de cinquante ans les corrélations entre activité physique et bien-être du corps. Ainsi sait-on que la pratique régulière d’exercices sportifs, même d’intensité modérée, a un impact positif sur la qualité de vie, la formation du tissu osseux, le tonus musculaire, le système cardiovasculaire, la prévention de l'obésité, au minimum... Mais pour notre enveloppe corporelle, qu'en est-il ?
 

Circulation activée

Nul doute, l'exercice physique nous aide à accroître notre niveau d'énergie, à garder la ligne, voire à conserver une apparence jeune. Déclenchant, à notre insu, une cascade de réactions physiologiques bénéfiques, il contribue au minimum à l'aspect sain de la peau, ravive son éclat.
De fait, au gré de l'activité pratiquée, le rythme cardiaque augmente, la circulation s'accélère. Cette augmentation du flux sanguin va profiter à tout l'organisme, le sang provenant du coeur irriguant les différents organes. Avec la marche rapide par exemple, les battements cardiaques atteignent 110 à 130 pulsations par minute.
Chargé d'oxygène, riche en sucres, protéines..., le sang afflue ainsi sous la peau via des artères formant le plexus artériel profond entre l'hypoderme et le derme. Ces artères traversent le derme pour constituer le plexus artériel sous-papillaire (sous les papilles dermiques), d'autres artères gagnant les follicules pilo-sébacés et les glandes sudoripares pour les irriguer. Puis elles se diversifient en capillaires artériels au niveau des papilles dermiques ; ces dernières se chargent d'irriguer les cellules épidermiques, l'épiderme lui-même n'étant pas vascularisé.
En plus de cette optimisation de l'irrigation sanguine - laquelle assure des fonctions primordiales d'oxygénation, de nutrition, ainsi que d'élimination -, la dilatation des vaisseaux sous l'effet de la chaleur va entraîner un rosissement du teint. C'est ainsi que l'apparence de la peau se trouve sublimée grâce à sa microcirculation réactivée.
 

Oxygénation, respiration

Lors de l'activité physique, le rythme respiratoire augmente ; la quantité d'air ventilé par les poumons passe de huit litres environ à 30 à 40 litres par minute. A moyen terme, la capacité respiratoire s'améliore, optimisant la surface d'échange entre l'air qui pénètre dans les poumons (un mélange de 79% d'azote, 21 % d'oxygène, de gaz rares, de vapeur d'eau, et d'un peu de CO2), et le sang qui va transporter l'oxygène vers tous les organes.
C'est au niveau des alvéoles pulmonaires que le sang artériel va se charger sélectivement en oxygène pour le redistribuer dans tout l'organisme. Une abondante réoxygénation s'ensuit, assurant un meilleur apport d'oxygène à l'ensemble des cellules. Ce même oxygène fournira à celles-ci l'énergie dont elles ont besoin pour assurer leurs métabolismes - synthèses de protéines, enzymes, etc...-, et donc leur croissance et leur survie. L'afflux d'oxygène permet en effet, via le processus de phosphorylation oxydative au coeur des mitochondries, une fabrication optimisée d'ATP (adénosine 5' triphosphate), molécule libératrice d'une grande quantité d'énergie. Dynamisée dans ses métabolismes, la peau ne pourra qu'afficher une plus belle vitalité.
Comme cette production d'énergie met en jeu des réactions d'oxydation, elle va en contrepartie générer des radicaux libres, normalement neutralisés par des enzymes et vitamines antioxydantes. De ce fait, le sport de haut niveau sera plus à risque, susceptible d'augmenter le stress oxydatif cellulaire par consommation excessive d’oxygène, contrairement à l'exercice modéré. D’où un vieillissement prématuré de l’ensemble de l’organisme dans le cas d’une pratique prolongée.
 

Détoxication, épuration

Lors d'une pratique sportive qui fait transpirer, on active l’élimination des déchets métaboliques (acide lactique, dérivés azotés...) - improprement appelés "toxines"-, via la sueur libérée par les glandes sudoripares de la peau. En une heure d'exercice intense, on peut perdre jusqu'à un litre de sueur. La peau s'auto-purifie de la sorte. En outre, certains exercices physiques - aquagym, natation...-, en réalisant des pressions lentes sur la peau, stimulent le drainage veino-lymphatique : la lymphe, chargée de déchets, est mieux drainée vers la circulation veineuse de retour (les vaisseaux lymphatiques étant parallèles aux capillaires veineux). Débarrassée de ce qui peut l'intoxiquer, la peau est assainie.
 

Une forme de rajeunissement ?

D'après des travaux de recherche canadiens (Pr Mark Tarnopolsky-Université McMaster-Ontario- 2014), trois heures par semaine de pratique sportive modérée permettraient sur le long terme de gagner des dizaines d'années en terme d'âge apparent de la peau, par rapport à des personnes sédentaires. Ce sont des biopsies d'épiderme et de derme réalisées sur une trentaine de personnes âgées de 20 à 84 ans, qui ont permis de l'avancer : couche cornée mieux structurée, et derme plus épais, typiques d'une peau plus jeune. Explication suggérée : " Des myokines sécrétées par les cellules musculaires et diffusant dans le corps, pourraient exercer un effet anti-âge ".... Indéniablement, le sport joue sur le vieillissement cellulaire en général: une vaste étude allemande (815 personnes- Groupe d’observation Berlin Aging Study II- 2015) a ainsi permis de montrer son effet sur le maintien de la longueur des télomères de l'ADN (ces derniers raccourcissant au fur et à mesure des divisions cellulaires, donc des années), à condition de pratiquer une activité physique au minimum durant dix ans, et qui fasse travailler plutôt l'endurance (vélo, jogging, natation, ski de fond...), que la résistance musculaire. Autre révélation : selon des scientifiques suédois (Pr Charlotte Ling-Université de Lund-Malmö-2013), une activité physique régulière durant six mois suffirait à modifier dans le bon sens l'activité des gènes des cellules graisseuses. Ces cellules, connues pour leur implication dans l'obésité, et dans certaines pathologies métaboliques, adopteraient dès lors un fonctionnement différent, bénéfique pour l'organisme, et... pour la ligne.
 

Gymnastique cellulaire
Au rythme des mouvements, la peau offre une remarquable résistance à l'étirement, grâce à la plasticité de ses tissus dermique et hypodermique. Mais pas seulement. Les cellules elles-mêmes sont douées de motilité : doué de forces internes contractiles, leur cytosquelette - de filaments d'actine notamment -, fait office de musculature. Il leur permet de changer de forme, ou même de se mouvoir à certaines phases de leur vie. Une découverte majeure* d’une équipe du CNRS a mis en lumière des interactions décisives entre des cellules musculaires, et les cellules épithéliales qui leur sont adjacentes, les contractions des premières permettant aux secondes de se développer. Dans la peau, les myofibroblates - cellules contractiles -, par les forces qu'ils exercent, pourraient ainsi influencer l'ordonnancement, et/ou la déformation (en cas de cicatrisation par exemple), des cellules épidermiques.

*Source : Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire- Inserm/CNRS/Université de Strasbourg- 2011.


Même si toutes ces études méritent d'être approfondies, on peut l'expérimenter sur soi : le sport redonne assurément à notre peau un regain de vitalité et un certain éclat de jeunesse.
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