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Au cœur de l'hydratation

Plus de 70% d’eau dans le corps, entre 70 et 80% dans la plupart des cellules, l’eau est l'un des moteurs mêmes de la vie, condition essentielle de la souplesse et de l'élasticité des tissus, du maintien de son capital jeunesse. L’eau, c’est la vie… et la beauté !

D’où provient l’eau de la peau?

De ses couches profondes, lesquelles sont alimentées via la microcirculation sanguine à partir de l’eau absorbée chaque jour. En se comportant comme une véritable éponge, le derme est en fait le principal réservoir en eau de la peau. Constitué de molécules au fort pouvoir d'absorption (des macromolécules structurantes permettant de stocker l’eau sous forme liée), il renferme ainsi environ 80% d’eau. En montant vers la surface de la peau, on retrouve ensuite en moyenne 60 à 65 % d’eau dans l’épiderme, puis 10 à 15% d’eau au niveau de la couche cornée, celle-ci constituant "la" véritable barrière physiologique au passage de cette eau qui ne cesse de s'évaporer par perspiration insensible (PIE). 
Bien hydrater la peau, c'est donc d'abord faire en sorte que la couche cornée garde une hydratation optimale, soit environ 13% d'eau ; sous 10%, elle est considérée comme déshydratée. Pour y parvenir, de multiples cibles d'intervention sont possibles, d'où de nombreuses stratégies exploitées en cosmétique.

Traiter les symptômes de la déshydratation

Stratégie n°1 mise en place pour renforcer l’hydratation (ou freiner la déshydratation) : créer un film en surface faisant barrière à la PIE. L’effet est simple, les bénéfices immédiats. Le principe : apporter des corps gras (ex. beurres, huiles, silicones…). Tout l’art de la formulation sera de le faire via des textures légères, ni trop grasses, ni trop occlusives, types laits, sérums, ou autres fluides... Certaines formes d’émulsions spécifiques pourront aussi convenir, types microémulsions, émulsions multiples, émulsions contenant des cristaux liquides...
L’utilisation d’agents humectants ou hygroscopiques est complémentaire (ex. glycols, glycérine, peptides de collagène, acide hyaluronique de haut poids moléculaire, protéines végétales, polysaccharides végétaux ou marins …). Capables de capter les molécules d’eau comme des éponges, ces ingrédients augmentent rapidement la teneur en eau du stratum corneum. Attention toutefois à ne pas les sur-doser, sous peine de créer des sensations de lourdeur et de saturation, notamment en milieu humide (environnement pluvieux, climat tropical…). 
La peau contient naturellement ce type de substances hygroscopiques, les N.M.F. - Natural Moisturizing Factors : lactates, urée, acides aminés, sels minéraux, acide pyrrolidone-carboxylique...

Agir durablement : traiter les causes

Agir physiquement en surface permet d’agir rapidement mais pas forcément durablement. Pour une action hydratante complète, il faut donc agir sur les structures même et les mécanismes de la peau. Maintenir la qualité et la cohésion de la couche cornée conditionnera par exemple la bonne retenue de l’eau dans la peau.
Car avec l’âge, l'eau y est moins bien fixée du fait d’altérations dans l’intégrité de cette enveloppe superficielle. La nature des lipides environnant les membranes cellulaires (alors organisés en bicouches lamellaires) et composant le «ciment » intercellulaire est également fondamentale dans l'effet-barrière de la couche cornée. On y retrouve les céramides, le cholestérol, des acides gras (ex. AG essentiels oméga 6 et 3)... Pour consolider le ciment lipidique soudant les cellules cornées entre elles, l’apport en ces molécules se fera par le biais de la formule ou par une stimulation de leur synthèse directement au cœur de l’épiderme.
Pour limiter la PIE, il est aussi possible de travailler sur la cohésion entre cellules épidermiques en agissant sur les jonctions serrées. Elles bloquent la circulation de fluides entre les cellules et assurent ainsi l'étanchéité du compartiment tissulaire.
Autre stratégie possible : fluidifier les mouvements d'eau. Faciliter la diffusion de l'eau à partir des couches profondes est aussi une manière d'aider la peau à se réhydrater plus facilement dans son ensemble. Or, il y a quelques années, ont été découverts au sein des membranes cellulaires de l'épiderme vivant de minuscules canaux : les aquaporines. Formés de protéines membranaires, ces canaux, normalement ouverts en permanence, permettent à l'eau de circuler aisément entre milieu intracellulaire et milieu extracellulaire. Dans certains cas (ex. aquaglycéroporines), elles aident même des solutés de petite taille tels que le glycérol ou l'urée à traverser les membranes. Avec l'aide des techniques de génomique,  il est possible aujourd'hui de stimuler ou moduler l'expression de certaines aquaporines. 

Viser l'hydratation profonde 

Véritable réservoir d’eau de la peau, le derme contient, au sein de la matrice extracellulaire, des composants au fort pouvoir de rétention d’eau : les glycosaminoglycanes, comme le célèbre acide hyaluronique. Mais celui-ci est aussi présent dans l'épiderme, fixé sur ses récepteurs CD44 à la surface des kératinocytes, générant en boucle de nouvelles synthèses d'acide hyaluronique. Par des réactions en cascade, des fractions natives d'acide hyaluronique semblent aussi capables d'aller se fixer sur les récepteurs des fibroblastes, entraînant cette fois une néosynthèse d'acide hyaluronique dans le derme. Ainsi, visant à reproduire ce mécanisme, les soins hydratants ont-ils souvent recours à des formes d'acide hyaluronique de plus en plus maîtrisées en taille et poids moléculaire pour faire coup double : hydrater et repulper la peau tant en surface qu'en profondeur.
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